11 juin 2022 – 20 h
Maison symphonique
Direction : Louis Lavigueur, C.Q.

(Pierre-Étienne Bergeron)
Orchestre symphonique des jeunes de Montréal




(Kevin Calixte) (crédit) (Catherine Charron-Drolet) (Brent Calis)
Suzanne Taffot, soprano, Claudine Ledoux, mezzo-soprano, Louis-Charles Gagnon, ténor, Matthew Li, basse
Bien qu’ayant atteint une renommée internationale grâce à ses Danses slaves, Dvořák ne fut enfin considéré comme un compositeur « sérieux » que suite à la première de son Stabat Mater le 23 décembre 1880.
L’un des plus longs jamais composés, ce Stabat Mater s’attache plus à l’expression des sentiments ressentis par le compositeur à la suite des décès successifs de trois de ses jeunes enfants en moins de deux ans qu’à la précision des mots ou des nuances du texte.
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Programme de concert – Texte sur l’oeuvre
Stabat Mater, littéralement : la Mère se tenait (au pied de la croix).
Cette prière, à l’origine un poème médiéval du XIIIe siècle d’inspiration sacrée, a été attribuée à un moine franciscain du nom de Jacopone da Todi. Elle appartient à la catégorie des « séquences » du latin sequentia (suite), lecture faite à la suite de l’épître. À l’origine très nombreuses, le concile de Trente (1545-1563) ne devait en retenir que cinq dont la plus célèbre est le Dies Irae qui prend place dans la Messe pour les défunts ou Requiem.
La structure poétique en 20 strophes de trois vers et son côté dramatique allaient inspirer des centaines de compositeurs allant de Josquin des Prés, Palestrina, Pergolesi, Schubert, Rossini*, Verdi**, jusqu’à Poulenc, Arvo Pärt et, bien sûr, Dvořák.
Dvořák est un jeune compositeur de 35 ans lorsqu’il perd, coup sur coup, ses trois jeunes enfants. Il se tourne vers le texte du Stabat Mater pour faire son deuil, s’associant, comme le témoin dans la séquence, à la tristesse de Marie, présente lors du supplice de son fils.
Dvořák traite le texte en 10 parties ou mouvements faisant appel à quatre solistes, un vaste chœur, un orchestre complet et l’orgue, sans toutefois verser dans le grandiloquent. Malgré sa teinte mélancolique, l’œuvre reste toute en pudeur et en retenue. La musique est plutôt simple et recourt à des tournures intimistes de la musique tchèque.
Le très long premier mouvement paraît immobile dans le temps, basé sur un accord de tonique qui semble sans fin. Il sera repris à la toute fin, pour boucler la boucle, avant un Amen rempli d’espoir. Les quatre solistes se succèdent, en imitation, dans le second mouvement utilisant un bref motif descendant synonyme de pleurs. Suivent une marche funèbre en troisième lieu et une incantation de la basse en quatrième.
Puis les surprises d’orchestration s’enchaînent. Le cinquième mouvement en Mi bémol majeur laisse poindre un bref rayon de lumière. Le sixième est consacré exclusivement au ténor solo et aux voix d’hommes alors que dans le septième on entend le chœur chanter sans accompagnement (a cappella), dans un dépouillement complet.
Deux mouvements pour solistes suivent avec le neuvième d’allure résolument baroque avant le retour du ton et de l’idée initiale du premier mouvement dans le dixième.
Créée à Prague en 1880 puis reprise à Brno et Budapest, c’est la présentation de l’œuvre à Londres en 1883 et 1884 qui allait consacrer la carrière internationale de son auteur.
Louis Lavigueur, C.Q.
* Stabat Mater de Rossini : Chœur classique de Montréal, 8 juin 2017, Maison symphonique
** Stabat Mater de Verdi : Chœur classique de Montréal, 21 juin 2018 , Maison symphonique

